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Critique et Analyse: The Bling Ring

The Bling Ring, dernier film de la réalisatrice Sofia Coppola après son très décrié Somewhere, faisait l’ouverture de la sélection Un Certain Regard au festival de Cannes, ce qui a encore créé une mini polémique, comme à chaque sortie d’un film de la réalisatrice. Était-ce justifié ? La polémique non, la sélection oui, car il est évident que le film est excellent même si l’on risque d’avoir encore droit à un nouveau débat entre adorateurs et haters de Coppola.

Car le film est dans la droite lignée des précédents films de son auteur. Sofia Coppola aime écrire pour les jeunes et aime montrer l’ennui. Elle continue dans cette voie là en abordant encore une fois 2 autres thèmes si riches à son œuvre mais qu’elle place ici en premier plan: la richesse et la célébrité.

Voici le synopsis de l’histoire:

A Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par les people et l’univers des marques traque, via internet, l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe: bijoux, vêtements, chaussures, etc.

S’inspirant d’un fait divers relaté dans l’excellent article de Vanity Fair « Les suspects portaient des Louboutins » qui présentait le Bling Ring, gang d’adolescent(e)s des banlieues huppées de Los Angeles qui ont cambriolé pendant des mois des maisons de stars (en vrac: Paris Hilton, Orlando Bloom, Rachel Bilson, Megan Fox, Lindsey Lohan) en se servant d’internet était une gageure pour Sofia Coppola.

L’histoire est clairement hallucinante, on peine à croire que les évènements relatés se soient réellement passés tellement il apparait délirant que des jeunes blancs becs aient pu faire une razzia de plus de 3 millions de dollars de fringues et de bijoux tout simplement en utilisant TMZ, Facebook et Google Map. Il parait surtout inimaginable qu’aucune de ses stars n’aient jamais pensé à faire installer des alarmes dans leurs maisons ou que certaines ne se soient même pas rendu compte qu’elles avaient été cambriolées plusieurs fois (coucou Paris Hilton) voire même qu’elles laissent les clés de leurs maison sous le paillasson (coucou bis Paris, surtout que ça c’est vraiment passé dans les 2 cas).

D’autre part, même si l’histoire de ces simples vols était intrigante, elle ne suffisait pas à faire un film, surtout qu’il n’y a strictement rien d’impressionnant dans leurs larcins, n’importe quel individu aurait pu faire de même avec une bonne dose d’inconscience.

Ce qui est ici intéressant, c’est que ces vols ne sont pas qu’une question de cupidité mais bel et bien de vie par procuration, d’évasion de ce statut d’anonymat. C’est là où le film bascule de simple histoire à portrait de cette génération MTV. Car ces jeunes à la dérive (notamment le personnage de Marc, plutôt solitaire et ringard au départ et auquel on s’identifie tout de suite) ne vont pas voler à la base pour s’enrichir. Ils ne vont même pas vouloir voler à la base, juste visiter une maison de leurs stars préférées.

Mais une fois une loi outrepasser, pourquoi se priver et ne pas aller plus loin ? Si l’on est tellement en fascination devant le système de la starification à tout va, de la mode et du pouvoir de l’image de soi (sacro-saint de la société occidentale moderne), pourquoi ne pas s’approprier ce qui nous fascine le plus quand on l’a à portée de main ?

Le film ne jugera d’ailleurs jamais  ces jeunes délinquants et j’ai lu beaucoup de critiques sur le fait que justement, ce n’était pas intéressant que Coppola ne tranche pas si les adolescents étaient des victimes du système ou tout simplement des voleurs (contrairement à Marie Antoinette, figure controversée au possible qu’elle défendait dans son film).

Je trouve au contraire que c’est la force du film. En exposant simplement les faits, Coppola décide de ne pas donner une opinion prémâchée au public. On peut à la fois considérer que ces adolescents sont les victimes de la superficialité et du culte voué aux stars comme on peut les considérer comme des personnes parfaitement conscientes de la portée de leurs actes et qui recherche par cette criminalité à accéder au statut de célébrité.

Ce qui est encore plus passionnant dans le film, c’est que de la manière dont on expose les actes et les motifs du groupe, on comprend ce qui est attirant pour eux. Cet univers glamour est, pour notre génération, ce qui est considéré comme la consécration ultime. Alors oui, évidemment, ce royaume de l’apparence et de l’opulence à portée de main fait envie et si l’on était à leurs places, il serait bien difficile de ne pas craquer à notre tour.

Cette volonté d’exposer de manière brute leurs actes m’a fait penser à une version de The Social Network en mode « bitch ».

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Je m’explique, dans Social Network, David Fincher présentait les débuts de Facebook mais s’en servait comme prétexte pour analyser  une nouvelle facette de la jeunesse américaine qui était les geeks. Comment ces jeunes qui derrières leurs écrans d’ordinateurs avaient cassé les schémas préétablis et comment cette jeunesse obsédé par la notoriété, le pouvoir et l’argent avait pu accéder à tout cela.

Le parallèle avec Bling Ring, au-delà de ne pas prendre parti ou juger ses personnages et un style à la limite du reportage par moment, se fait sur cette jeunesse dont l’objectif principal n’est pas le bonheur ou l’accomplissement de soi mais bel et bien la notoriété.

Sauf que Bling Ring ne présente pas des riches nerds qui prennent leurs revanches sur le monde, mais ces jeunes plus éduqués par internet et la télé réalité que leurs parents que j’appelle ici les bitches.

En cela, le film pourrait presque constituer une continuité au film de Fincher, puisque l’on observe des individus complètement aliéné par l’absence totale de vie privée due aux réseaux sociaux. C’est grâce à eux qu’ils vont pouvoir commettre leurs crimes et c’est à cause d’eux qu’ils vont finir par tomber.

Et dans les 2 films, il est intéressant de constater que l’on montre des jeunes paumés qui obsédés par une idée pour améliorer leurs notoriétés vont accomplir des actes dans lesquels ils vont s’éclater, ce qui provoquera chez le spectateur un enthousiasme partagé avec les personnages pour au final laisser un goût amer car ces actes ont des conséquences toujours déplaisante.

Le fait de ne pas juger est déjà, à mon sens un jugement de cette jeunesse, mais un jugement qui n’est pas manichéen et qui permet quand même l’empathie envers les personnages.

Car oui, moi qui me considère comme l’inverse absolu des personnages présentés dans le film, on éprouve de l’empathie pour ces jeunes qui croient au début jouer à un jeu et qui se retrouvent dans une spirale dévastatrice dont ils ne pourront pas ressortir indemne.

Ce qui m’amène à la 2ème critique que j’ai lu fréquemment sur le film qui trouve que les cambriolages à répétition sont extrêmement longs et ennuyeux car ne faisant pas avancer l’histoire.

Il est vrai que pendant 1/3 du film, on suivra les personnages faire des cambriolages et rien d’autres. Mais cette répétition est pour moi importante pour comprendre ces personnages.

Car les événements du film commence comme un jeu, une idée stupide qui ne veut faire de mal à personne mais le jeu va très vite se terminer en crime. Si l’on en restait là, on se moquerait du destin des personnages et on voudrait volontiers qu’ils se fassent prendre par la police et terminent en prison.

La répétition des cambriolages permet de comprendre comment ce désir de voler des objets de star pour s’approprier leurs « aura » va devenir une drogue pour ces gamins.

La répétition permet de banaliser leurs actes, de montrer comment la bande ne peut plus se sortir de ce train de vie si satisfaisant.

Si au début ils sont supers heureux de tomber sur tel sac de telle star vu sur tel tapis rouge, ils vont vites prendre tout ce qui leurs tombent sous la main, se moquant complètement de la taille des vêtements ou tout simplement que les fringues leurs plaisent. Ils étaient accros aux stars, ils deviennent accro à leurs styles de vie.

Je trouve la progression très logique et intéressante dans le cheminement de la psyché de ces jeunes. Une scène complètement démente au milieu du film achèvera le parcours des personnages ayant complètement perdu tout repères entre la vie réelle et cette vie rêvée au moment où ils dénicheront un flingue dans une des maisons.

Tout ceci pour nous mener vers un final logique, la chute du gang qui là aussi est très inspiré de la réalité.

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Mais Coppola se sert de ce fait divers, tellement incroyable qu’on aurait jamais voulu produire le film si les faits n’avaient pas réellement eu lieu tellement ils sont surréalistes, pour exposer toutes ses obsessions d’auteur et livrer à nouveau un portrait de la jeunesse. On y retrouve absolument tous les fondements de sa filmographie, du groupe de jeune à la dérive (The Lick Star, son premier court métrage) et de leur désespoir (Virgin Suicides) à la solitude (Lost In Translation) en passant par la décadence (Marie Antoinette), la cellule familiale qui implose ainsi qu’un Los Angeles mélancolique (Somewhere).

La mise en scène est géniale, beaucoup plus pêchue que sur ses films précédents (le sujet du film impose un montage beaucoup plus rapide) et Coppola ose utiliser des gimmicks 2.0 pour illustrer son propos sur cette génération internet qui perd pied dans une société ou le sens des valeurs n’est plus ce qu’il était.

Ainsi, en incrustant des zappings de pages internet et notamment de réseaux sociaux, mais aussi en filmant quelques scènes à la façon des youtubers (gens se filmant avec leurs webcam) ou de caméra de surveillance, elle insuffle à sa mise en scène une rapidité et une modernité qui tranche avec la contemplativité de ses films précédents. J’irais presque jusqu’à dire que le montage est pop et assez nerveux pour un film de la réalisatrice. L’effet rendu est aussi plus moderne puisque Coppola passe pour la 1ère fois du tournage pellicule à celui du numérique.

Tous ces petits ajouts s’additionnent à  merveille avec sa réalisation épurée. Les travelings, ralentis et plans séquences sont toujours aussi sublimes que dans ses précédents films et Coppola ose même tenter des plans plus audacieux dont un plan fixe de presque 4min pour nous montrer l’intégralité d’un cambriolage d’une des maisons qui relève du pur génie cinématographique (et que l’on doit au regretté Harris Savides, chef opérateur du film), l’ellipse du procès ou encore des plans subjectifs de toute beauté.

Je trouve qu’elle a atteint une certaine maturité à ce niveau-là, elle possède son style propre qui est très facilement reconnaissable mais elle a, après 4 réalisations, suffisamment engrangé de confiance pour oser prendre des risques dans le découpage de ses scènes (elle n’hésite pas à faire des plans beaucoup plus courts) et dans la composition de ses plans et nous délivrer ainsi un objet à la plastique quasiment irréprochable.

Ses films sont aussi toujours très travaillés sur les cadres et la photographie et Bling Ring ne déroge pas à la règle, instaurant une atmosphère à Los Angeles d’usine à rêve à la fois clinquante et délavé qui colle parfaitement au sentiment qu’inspire cette ville quand on s’y rend réellement.

La musique joue toujours un rôle aussi important et correspond encore une fois parfaitement au sujet traité. De l’électro atmosphérique de Air pour Lost In Translation à la musique new wave de Marie Antoinette, Sofia Coppola a toujours su choisir sa musique qui collerait à la merveille avec l’ambiance de ses histoires. Comme ici nous traitons de jeunes adolescents fêtards, éduqués de manière douteuse par la télévision, on a affaire à une BO agressive, tubesque au possible assez Rap, R’n’b et punk avec du gros son qui tâche et qui tambourine les oreilles (je remercie au passage pour la découverte de ce fabuleux groupe qu’est Sleigh Bells déjà présent dans la bande annonce). De ce fait ça sera probablement la musique de ses films que j’écouterais le moins mais qui encore une fois tombe juste par rapport au sujet du film.

Quant au casting, il est génial, tout simplement.

Je vais commencer par la seule actrice connue du lot, la toujours excellente Emma Watson qui prouve définitivement qu’elle a tout d’une grande. Je ne sais pas ce que l’avenir lui réserve, mais elle gère l’après Harry Potter de manière exemplaire (probablement la seule d’ailleurs de tout le casting jeune avec Daniel Radcliffe). Son rôle est brillant, bien que secondaire, et réserve probablement les moments les plus hallucinants du film en terme de dialogue. Ce qui est savoureux, c’est que cela soit elle, l’actrice célèbre de la bande, qui interprète le personnage de Nicki qui est probablement la plus obsédée par le fait de devenir célèbre. Elle a des dialogues tellement surréalistes et hypocrites qu’ils sont dotés d’un cynisme jubilatoire.

Leslie Mann, qui interprète la mère d’Emma Watson, Taissa Farmiga et Georgia Rock dans le film est toujours aussi excellentes dans son rôle de mère déjantée complètement à côté de la plaque dans ses délires new age aveuglant complètement les actes de ses filles.

Mais le gros du casting est inconnu au bataillon, enfin était car je prédis quelques futures carrières pour au moins les 2 grosses révélations du film: Israel Broussard et Katie Chang.

Le premier campe Marc, seul garçon de la bande, mal dans sa peau qui va réussir à trouver une échappatoire à son statut de looser par le biais de son amitié avec Rebecca. C’est lui le vrai personnage principal du film, c’est de son point de vue que l’on aborde le film et c’est lui le cœur émotionnel du film. Il est incroyable de justesse, son personnage est très tiraillé et il s’en sort à merveille dans un 1er rôle beaucoup plus complexe qu’il n’en parait.

Katie Chang quant à elle interprète Rebecca la leader du groupe. Cette jeune actrice est lumineuse et incroyablement talentueuse. C’est bien simple, il est impossible de ne pas tomber amoureux d’elle au début du film et de ne pas la haïr à la fin. Pour un 1er rôle, elle hérite d’un rôle pas facile de chef, de bonne copine, de reine des garces, de manipulatrice… Son personnage est extrêmement ambigu  et cette jeune demoiselle s’en sort à merveille.

Je citerais aussi Taissa Farmiga et Claire Julien (qui pour l’anecdote est la fille de Wally Pfister, directeur de la photo attitré d’un certain Chistopher Nolan, OUI je réussi même à vous caser Nolan dans une critique de Bling Ring que voulez-vous ?) qui sont toutes les 2 géniales en filles complètement dingues mais qui elles aussi cachent bien leurs jeux.

Alors me direz-vous, ai-je des critiques à formuler au film vu que je suis assez dithyrambique pour le moment.

Oui car j’aime bien chipoter, j’en ai une, qui est valable pour tous les films de Sofia Coppola d’ailleurs, la fin est ratée.

Cette réalisatrice ne sait jamais comment finir ses films, cela se vérifie à chaque fois, soit on a une scène en trop, soit il manque 2 min pour réaliser une vraie fin et pas un truc abrupt qui arrive comme un cheveu sur la soupe et hop, écran noir et générique, bonsoir. C’est encore une fois le cas ici et c’est dommage qu’elle n’arrive pas à régler ce problème au bout de 5 films.

Pour conclure, le film est excellent, j’ai très peu de chose à lui reprocher car j’ai complètement accroché à l’histoire et je suis fan du style de la réalisatrice. Si on n’aimait pas ses films précédents, j’ai du mal à imaginer qu’on puisse aimer celui-ci mais si on les apprécie, je pense que vous devez courir voir le film même si ce n’est pas son meilleur pour ma part.

P.S. Je tiens à préciser que j’ai vu le film à une projo blogueur organisé par Pathé dont je remercie encore une fois l’invitation et que je n’ai pas été payé, ni subi des pressions ou été menacé de torture pour faire la critique de ce film. J’ai tout simplement adoré le film.

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