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Pourquoi regarder Community ?

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Community est une sitcom dont vous avez probablement déjà vu le nom circuler sur des réseaux sociaux ou lu dans des analyses sur les séries américaines. Vous avez probablement entendu des critiques dithyrambiques sur ce show dont on vante l’originalité, oui sauf que vous ne regardez toujours pas cette série, comme votre serviteur il y a de ça encore peu de temps. Vous ne comprenez probablement pas l’engouement des gens qui la mentionnent, et vous lisez des délires assez hystériques quand les fans de la série parlent d’un certain Abed…

Cette série qui ne paye pas de mine au premier abord est pourtant bel et bien le monument télévisuel si vanté. De par son intelligence d’écriture, son grain de folie, son originalité et sa régularité, cette série se distingue de tout ce qui a été produit ces 20 dernières années en matière d’humour. Je vais donc me charger d’essayer de vous convaincre de franchir le pas et de rentrer dans le monde de Greendale.

Le synopsis n’a rien de compliqué, l’histoire prend place dans le Community College (autrement dit en français : la fac publique, chose assez mal vu aux U.S.A.) de Greendale.

Jeff est un avocat (avec tout ce qui va avec : charismatique, cool, prétentieux, menteur, manipulateur, sans honneur…) qui a été radié car il exerçait avec un diplôme de Colombie et non pas de l’imminente fac américaine de Columbia (vanne qui passe mieux en VO). Il est condamné à suivre des cours dans cette fac de seconde zone pour valider officiellement ses compétences et redevenir un ténor du barreau.

Dès le 1er jour des inscriptions aux cours, il tombe sur une activiste stressée, un poil associable et plutôt jolie au doux nom de Britta. En inventant un prétexte fallacieux pour pouvoir la draguer ouvertement, il créé un faux groupe d’étude pour réviser les cours d’espagnol qui va être pris aux pieds de la lettre par 5 autres étudiants très cinglés : Shirley la mama black courage à tendance catho, Annie la miss parfaite ingénue, Abed le nerd/geek musulman, Troy le black sportif  un peu paumé et Pierce le vieux rentier raciste/sexiste/homophobe.

C’est comme cela que se forme ce fameux groupe d’étudiant dont on va suivre le quotidien et les aventures plus délirantes les uns que les autres au fil des années scolaires.

Dit comme ça, on dirait une énième sitcom générationnelle ou l’on suit les évolutions d’une bande de pote qui se complémente tous, chacun ayant ses caractéristiques propres.

Mais le truc, c’est que Community est une série méta, c’est-à-dire que c’est une série sur les séries (et plus généralement le monde de la culture pop de ces 50 dernières années). C’est très difficile à expliquer comme ça mais la série ne se joue pas dans une dimension parallèle comme 90% des autres séries. Ici les héros, ce sont nous : les fans de séries, de films, de comics et de musique. Les héros sont des geeks comme nous, la série est une série sur les fans, par des fans et pour des fans.

Certes l’action ne se passe que dans une fac, mais il ne s’agit que d’un prétexte, d’un décor factice derrière lequel se cache une usine de délire et de connerie en tout genre.

Donc voilà 10 raisons dans le désordre pour lesquelles Community est une série que vous DEVEZ voir !

1. Car c’est probablement la seule série traitant véritablement bien de la diversité : contrairement à beaucoup d’autre séries, on retrouve des personnages de tous âges, d’origines et de confessions différentes, de classes sociales distinctes, de professions variées, d’opinion politiques divergentes, de sexualités diverses, des personnes handicapés… Bref tout le monde est représenté, tout le monde en prend pour son grade et c’est extrêmement bien écrit. Cela joue parfaitement sur les clichés ou les préjugés et ça reste toujours drôle même en abordant de nombreux tabous et sujets sensibles.

2. Car cette série possède de l’humour pour tous les goûts. Imaginez une série ou les Monthy Python réaliseraient un épisode, puis le suivant ça serait Quentin Tarantino, puis celui d’après les scénaristes de The Office, puis Matt Groening (créateur des Simpsons), puis les scénaristes de Friends, puis Judd Apathow… Bref humour fin, humour gras, humour méta, humour référencé, humour surréaliste, humour noir, humour visuel, humour de situation, c’est impossible de ne pas rire devant cette série, y en a vraiment pour tout le monde avec plusieurs niveaux de lecture. La série arrive même l’exploit de se moquer d’elle-même en pointant les incohérences des intrigues et des personnages.

3. Car c’est une série qui nous surprend à chaque épisode. Une sitcom, généralement c’est une bande de pote, des gens qui travaillent ensembles ou une famille, filmés dans 4 à 5 décors principaux avec un public qui applaudit et rit (même s’il existe certaines exceptions). Ici, on n’a jamais l’impression d’être devant des décors en carton-pâte mais une vraie fac et dieu merci il n’y a pas d’applaudissements, faut dire que c’est complètement dépassé comme méthode. Chaque épisode est un délire à part entière, un épisode de noël peut se transformer en épisode en pâte à modelé (façon Noël de Mr Jack). Un épisode d’Halloween qui devient un film de zombie sur la BO de Mamma Mia. Une partie de Paintball en blockbuster des années 80 ou en western. L’héritage d’un personnage se transforme en jeu d’arcade 8 bits d’époque. Une élection dans la fac en thriller politique. Le meilleur plat de la cantine va devenir un film de braquage puis un film de mafia. Le 1er avril une parodie de tous les copshow… C’est une série qui n’a de cesse de surprendre, qui part dans toutes les directions pour notre plus grand bonheur. Jamais on a l’impression de voir cette série se répéter ! Elle se permet tout et ça marche très bien, on en redemande à chaque fois.

4. Car c’est une super série sur une bande d’amis extrêmement réaliste. Si les personnages vivent des aventures délirantes, au final le groupe reste soudé. Les personnages ont des caractères différents, se disputent perpétuellement et se charrient constamment, un peu comme dans la vraie vie. Ils se réunissent sans arrêt pour bosser des cours alors qu’ils ne font que discuter ensemble, ceci rappellera des souvenirs à chacun d’entre nous. Le fait qu’ils puissent se comporter comme de parfaits crétins envers des personnes isolés ou d’autres groupes en se moquant d’eux est aussi quelque chose que nous avons tous fait.  Les relations entre les personnages et les évolutions que cela entraînent sont magnifiquement écrite, ne laissant personne sur le carreau et donnant même de l’importance à des personnages de 2ème voir 3ème plan.

5. Car Greendale, en plus de disposer du doyen le plus cinglé et incompétent de tous les temps ainsi que d’une administration calamiteuse (ça rappellera des souvenirs aussi) dispose des cours d’une débilité rarement atteinte. Des cours de poterie à ceux sur l’histoire de la glace en passant par les cours d’anthropologie sur Youtube, de yachting sur le parking de la fac, ou de théorie des complots, tout est prétexte aux situations burlesque et à libérer la folie se cachant dans chaque prof de cette université pas comme les autres.

6. Car c’est une série réellement ancrée dans la réalité, ayant compris une sorte de quotidien moderne. Combien de sitcom parlent-elles aujourd’hui de réseaux sociaux, de jeux vidéo, d’applications pour smartphone, des mèmes sur youtube ou tumblr, etc. ? Si l’on enlève Big Bang Theory qui raconte l’histoire de réels geeks : aucune ! Combien de fois voit-on des personnages regarder des DVD ou faire des livetweet ? Cette série est écrite pas des personnes vivant dans la vraie vie. Les personnages ont des petits appartements et pas des duplex ou des villas. Ils ont des problèmes de voisinages et ils ont nos questionnements quotidiens semblables aux notre : quel film voir ce soir ? Quel bar choisir ? Comment se déguiser pour une soirée ? Rentrer suffisamment tôt pour pouvoir regarder un match… Tout ne tourne pas uniquement autour des problèmes familiaux ou des amours d’un tel ou un tel et c’est tant mieux car c’est presque unique à la télé actuellement. Bref malgré le côté parodique et surréaliste de la série, nous sommes complètement connectés aux personnages car ils vivent dans la réalité

7. Car la série a digéré plus de 50 ans de séries TV et se permet de jouer sur les codes narratifs. Des mots comme « Cliffhanger», « Clip-show », « Crossover », « Ensemble Show »,  « Gimmick » ne vous disent peut être rien mais il s’agit de mécanismes extrêmement courant utilisé dans toutes les séries. En désamorçant ces mécanismes, souvent par le biais du personnage d’Abed (grand fan de série tv), la série nous explique en fait comment fonctionne les séries et comment les scénaristes les écrivent et maintiennent le rythme d’un épisode à l’autre. Ainsi le terme de « Bottle show » qui signifie qu’un épisode va se passer en huis clôt dans un seul décor est expliqué au moment même où l’épisode en devient un. Il s’agit donc de la première série à avoir conscience de son statut de série. De par se fait, les spectateurs abreuvés de séries vont souvent être surpris car les scénaristes font exprès de se servir des mêmes méthodes déjà vu 10000 fois pour nous surprendre dans leurs dénouement. En se permettant de parodier allègrement certaines séries, un épisode peut se transformer en « Formula Show » alors que la série n’est pas écrite dans cette méthode-là.

8.  Car c’est une série qui possède une mythologie assez fantastique. Les références et vannes à tout bout de champ d’Abed et Troy sur les séries, les discours moralisateur de Jeff, les railleries de Pierce, les allusions aux évènements historiques de Britta sont à tomber par terre. Ici, les spoilers peuvent s’appliquer aux évènements de la vraie vie, des catchphrase comme  « Cool cool cool cool » ou « Six seasons and a movie » n’auront plus de secret pour vous. Les parodies plus ou moins déguisée donnent un réel ton à la série. Chaque défaut des personnages se transforme en un univers à part entière de la série qui s’en donne à cœur joie pour les fouiller et développer une identité qui lui est propre. C’est d’ailleurs probablement la meilleure réalisation qu’il m’ait été donné de voir pour une sitcom, se voulant beaucoup plus cinématographique que ses consœurs.

9. Car son casting est parfait. Les 7 personnages principaux sont parfaitement joués par des acteurs qui se donnent à fond dans les situations les plus rocambolesques possibles. Ils sont tous à la fois hilarant et extrêmement touchant. L’alchimie que dégage le groupe est magique. Elle est dotée de seconds rôles extraordinairement bien joués, je pense notamment au doyen ou au professeur Chang (le chinois de Very Bad Trip). Cette série a révélé un nombre d’acteur assez incroyables. Enfin car elle dispose de guest star exceptionnelle à l’image de Jack Black, Owen Wilson, Tony Hale, Josh Holloway, John Goodman, Giancarlo Esposito, Luis Guzman, John Oliver pour ne citer qu’eux.

10. Chaque épisode se termine par une pastille humoristique d’une à deux minutes complètement barrée. On retrouvera très souvent la parodie d’un talkshow se passant le matin animé par Troy et Abed qui s’appelle Troy and Abed In The Morning (titre cherché très loin je le reconnais) qui donne souvent lieu à des grands moments d’humour absurde avec des interviews sans caméra ni public. Raconté comme ça c’est étrange mais plusieurs de ses pastilles vont vites devenir cultes pour vous, la série poussant son côté méta à son paroxysme en utilisant l’histoire réelle et le parcours des acteurs pour écrire les personnages : les origines et religions de chaque personnages correspond à celles de leurs interprètes, un des comédiens est aussi chanteur : il va faire un rap, etc.

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Une réflexion sur “Pourquoi regarder Community ?

  1. Je suis Community depuis ces débuts, c’est le genre de show que je trouve exceptionnel parce qu’en plus d’être drôle et inventif, c’est toujours original et totalement libéré des contraintes scénaristiques propres aux sitcoms américaines. Les références sont illimités et les personnages, même s’ils n’évoluent pas beaucoup, forment une base tellement solide à la série qu’on est heureux de les revoir chaque semaine partir dans des délires de plus en plus poussés !

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