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Critiques Les Misérables

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Avant de commencer ma critique, je tiens à préciser qu’à ma plus grande honte, je n’ai jamais lu le livre de Victor Hugo, ni vu aucune des adaptations précédentes au cinéma ou à la télé et que je ne connaissais absolument pas la comédie musicale dont le film est tiré. Par conséquent c’est une critique en toute objectivité du film en lui-même, je ne reviendrais pas sur l’histoire puisque je ne suis pas dans la mesure d’apprécier la qualité de l’adaptation.

Sans plus attendre, je ne vais pas tourner autour du pot, le film est une déception, une très grosse déception même. Adaptation d’un des musical les plus connus de la planète avec un réalisateur auréolé d’Oscar ayant mis Hollywood à ses pieds en 2012, doté d’un casting 5 étoiles ; tous les ingrédients étaient réunis pour que Tom Hooper nous livre au minimum un excellent film à défaut d’un chef d’œuvre.

La déception n’en n’est que plus cruelle, si le film n’est pas un désastre complet, sauvé par 3 acteurs et quelques petits moments de grâce, le reste enchaîne les catastrophes à mon plus grand désarroi.

Commençons par le positif, le trio de tête que forment Hugh Jackman, Anne Hathaway et Russel Crowe.

Je pense pouvoir affirmer sans trop de risque qu’Anne Hathaway a déjà une statuette à son nom qui l’attend le 24 février prochain. Elle est bouleversante, le fameux moment où elle chante I dreamed a dream atteint des sommets rarement atteint par un acteur (ou une actrice d’ailleurs). On ne voit plus l’actrice si glamour que l’on connait tous, on observe la déchéance la plus totale, le désespoir le plus profond, le poids de la misère devant le destin si tragique du personnage de Fantine. Malheureusement, le personnage est très peu présent (environ 5 chansons) ce que je regrette vu à quel point chaque passage permet à l’actrice de se transcender comme jamais et de nous livrer une magnifique performance vocale.

Anne Hathaway atteignant la perfection dans le rôle de Fantine

Anne Hathaway atteignant la perfection dans le rôle de Fantine

Hugh Jackman est prodigieux, il est Jean Valjean, d’un charisme incroyable, il s’agit probablement de son meilleur rôle jusqu’à maintenant. Que cela soit le bagnard, le Monsieur le Maire bienveillant ou en père de substitution à Cosette, il nous livre une prouesse exceptionnelle pour un rôle physique difficile sur déroulant sur une vingtaine d’année. Il confirme au passage qu’il sait pousser la chansonnette.

Hugh Jackman imposant en Jean Valjean héroïque.

Hugh Jackman imposant en Jean Valjean héroïque.

Enfin Russel Crowe est parfait en Javert tyrannique. Si sa voix de stentor désespéré pourra déranger certain, j’ai trouvé qu’elle collait parfaitement à la droiture du personnage. Le duel qu’il forme avec Jackman est impressionnant, que cela soit dans les face à face ou dans le chant, on est transporté par leurs affrontements. Il est d’une sobriété à toute épreuve nous montrant parfaitement le désespoir de la quête du personnage.

Russel Crowe en mode vendetta personnelle contre le monde entier.

Russel Crowe en mode vendetta personnelle contre le monde entier.

Les enfants jouant Gavroche et Cosette enfant sont aussi excellents et viennent apporter une touche de fraîcheur au film qui en a bien besoin. L’apparition de Colm Wilkinson (interprète le plus apprécier de Valjean dans le musical) en prêtre empli de compassion ainsi que le lyrisme du révolutionnaire Enjolras campé par Aaron Tveit compléteront les bonnes surprises du casting.

Si le musical marche autant à travers le monde, c’est qu’il devait bien y avoir une raison. Je l’ai découvert dans le film, Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg (cocorico) ont composés  des chansons sublimes, lyriques et épiques à souhait. Elles racontent parfaitement l’histoire sans avoir besoin de dialogue (même si on commence à en avoir marre à la fin, faut dire que le film est très long). En sortant de la salle, toutes les chansons vous resteront en tête.  Les thèmes musicaux s’enchainent, se renvoyant les uns aux autres en fonction des personnages et des scènes. J’ai beaucoup aimé comment certaines chansons se transforment en medley ou l’on arrive à suivre les histoires de 4 ou 5 personnages en même temps, la musique opère parfaitement la narration de l’histoire.

Enfin, la fameuse performance tant vantée du tournage avec la prise de son en direct sur le plateau est une idée qui fonctionne pas mal. Hooper a préféré capté l’émotion la plus pure possible et ça se fait ressentir notamment quand Hathaway et Jackman chantent. Les voix ne sont pas parfaites, elles souffrent à l’image des personnages et permettent de réinterpréter le rythme et les émotions des chansons.

Voilà pour les arguments positifs, maintenant attaquons ce qui n’allait pas dans le film.

Je vais commencer par ma plus grosse déception, la réalisation de Tom Hooper. Où est passé le réalisateur subtil du Discours d’un Roi ? Sans dire qu’il est été un grand réalisateur un jour (il doit son Oscar de meilleur réalisateur exclusivement à la campagne de promotion), il avait prouvé son aptitude à diriger des acteurs et à composer de magnifiques plans pour raconter ses histoires.

Ici, il n’y a aucune âme dans la réalisation qui est extrêmement monotone. Hooper a visiblement été très inspiré par les visages de ses acteurs vu que 75% du film doit être composé exclusivement de gros plan plus disgracieux les uns que les autres, massacrant complètement les excellentes performances de ses acteurs. Je n’ai rien contre le gros plan mais là, voir la caméra à 10 cm du nez de Jackman ne présente aucun intérêt.

Les comédies musicales et les fresques historiques sont par nature des films basés sur le mouvement et l’énergie de l’histoire. Ici la mise en scène est statique, en filmant ses personnages façon documentaire, Hooper se plante sur toute la ligne et passe complètement à côté de son sujet. A quoi bon avoir des centaines de figurants, des costumes magnifiques et d’immenses décors (en carton-pâte)  si ce n’est pas pour les filmer ? Le montage est raté, les courses poursuites sont affreuses, les transitions temporelles sont douteuses, les ralentis sont ridicules, complétés à grands renfort de violon pour bien faire pleurer dans les chaumières (chose qui m’agace au plus haut point).

L’esthétique du film est moche, les scènes à plans larges sont complètement détruites par des effets spéciaux monstrueux pour un film dont le budget était pourtant très confortable. Heureusement d’ailleurs que l’on voit Notre Dame de temps en temps, sinon je n’aurai pas compris que l’histoire se passait à Paris vu à telle point la ville ne ressemble à rien.

Enfin le souffle épique qui devrait être présent du début à la fin de l’histoire est inexistant. Le conflit entre les révolutionnaires et l’armée est filmé comme un téléfilm français à petit budget. Seules les 5 dernières minutes du film donneront lieu à une séquence onirique assez belle qui viendra raviver la flemme. Le problème c’est que le film dure 2h40 et qu’il se réveille beaucoup trop tard pour émouvoir le spectateur.

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La dernière séquence, seul moment du film qui nous donnera envie de chanter avec les héros.

Enfin, le reste du casting est catastrophique. Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter, rescapés de l’affreux Sweeney Todd, surjouent des Thénardiers insupportables, formant une caution humoristique ne cadrant pas du tout avec le reste de l’histoire.

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Le triangle amoureux formé par Amanda Seyfried, Eddie Redmayne et Samantha Barks dans les rôles respectifs de Cosette adulte, Marius et Éponine est sans âme, je n’ai pas du tout accroché à leurs histoires.

Eddie Redmayne a dû être choisi uniquement pour son physique de jeune premier car il a le charisme d’un escargot et une voix désagréable.

Samantha Barks a une voix aussi belle (elle peut, elle vient du cast de 2010 jouant les Misérables sur scène) qu’un jeu plat.

Enfin Amanda Seyfried fait le boulot sans se fouler, ne suscitant aucune émotion contrairement à sa cadette Isabelle Allen (Cosette jeune).

Pour conclure si le film m’a donné envie de découvrir l’œuvre d’Hugo, de voir le musical sur scène et m’a permis de voir quelques acteurs en état de grâce, le film est clairement mauvais. La prise de risque est réelle mais l’adaptation ne passe pas, faute à une réalisation épouvantable et des acteurs à côté de la plaque. La fin du film nous laisse un goût amer en pensant à ce qu’il aurait pu devenir si Hooper avait compris dès le début (et pas dans les 5 dernières minutes) ce que cette adaptation aurait du être.

P.S. J’ai eu la chance d’assister à l’avant-première du film en présence du réalisateur, d’Anne Hathaway, Eddie Redmayne, les co-créateurs de la comédie musicale et de Sir Cameron Mackintosh dont voici quelques photos dans le désordre.

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Les producteurs, compositeurs et Tom Hooper venu défendre le film à Paris.

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Sir Cameron Mackintosh, producteur entre autres des Misérables, Cats, The Phantom of Opera, Marry Poppins ou encore My Fair Lady.

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Les deux compositeurs de la comédie musicale, les français Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil.

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Tom Hooper, le réalisateur oscarisé pour The King’s Speech nous faisant un discours en français.

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Anne Hathaway, beaucoup plus radieuse que son personnage est très modeste et assez timide pour l’anecdote.

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L’ensemble de l’équipe sur scène.

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Le réalisateur et sa « nouvelle muse » (ce sont ses mots).

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Tom Hooper et Eddie Redmayne, qui a visiblement ensorcelé le public féminin de la salle !

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6 réflexions sur “Critiques Les Misérables

  1. Je suis très content de lire cette critique, avec laquelle je suis presque intégralement d’accord.
    Presque parce que j’ai trouvé l’acteur qui « interprétait » Gavroche vraiment nul.
    Sinon, tu as parfaitement mis en lumière les problèmes du film.

    • Je viens de lire ta critique du film et effectivement, à part pour le jeune Gavroche et pour Marius, nous sommes à peu près d’accord sur tout. Ça me rassure autant que toi, car en sortant de la salle, j’étais visiblement un des rares à avoir détesté le film dans son ensemble. Et j’ai oublié de parler de la durée du film, mais je suis d’accord pour dire que le film aurait gagné à avoir 30min de moins, le problème c’est que je ne vois pas trop ce qui aurait pu être coupé sans casser une narration déjà laborieuse.

  2. J’ai énormément aimé le film, étant un grand fan de Victor Hugo, du casting, de la période historique en elle même. Et pourtant je rejoins la majorité de tes remarques, seulement j’en conclue que j’ai aimé quand même. Premièrement comme toi casting efficace pour le trio, Hathaway est géniale! Par contre je rejoins ton avis : l’esthétique est minable. Les plans sur le visage OK mais le décor, franchement j’ai été déçu ! Quand on a un film qui met en scène Paris, je ne vois pas l’intérêt de faire les décors en papier carton comme tu dis. J’avais l’impression que les décors étaient limite 3D ou une peinture derrière. Pourquoi ne pas aller dans Paris et tourner le film, puisque c’est Les Misérables quand même? Ou alors investir dans un plateau qui ressemble vraiment à Paris… enfin, j’ai réussi à passer au dessus de ce détail pour laisser les émotions prendre le dessus, mais je comprends que pour toi, qui a l’air très attaché à l’art du cinéma en lui même (alors que je recherche plus des émotions personnellement), ca ai pu te gêner fortement 🙂

    • J’attache beaucoup d’importance aux émotions dans le film, le cinéma est avant tout une question de bonnes ou de mauvaises histoires et par conséquent de sentiment. Le problème de la technique se pose lorsqu’on en voit les défauts. Un décor raté comme Les Misérables en compte beaucoup me sort de l’histoire et par conséquent de l’émotion. Les très grands films sont ceux ou la technique est invisible alors qu’elle participe à la narration de l’histoire. Du coup tout les défauts du film m’ont fait sortir de l’histoire alors qu’il y a d’excellente performance d’acteur comme je l’ai dit dans ma critique. Je ne peux que critiquer que le film, je n’ai malheureusement jamais lu le livre mais c’est vrai que le film m’a déçu par ses longueurs et son épouvantable esthétique. En tout cas merci beaucoup pour tes commentaires, j’espère te relire souvent quand je recommencerais moi même à écrire des articles 🙂

  3. Je suis complétement d’accord, comme je t’ai dit, le décor m’a vraiment gêné aussi. Alors qu’ils avaient les moyens de faire mieux. Mais de rien 🙂

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