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Critique L’odyssée de Pi

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Adapté du livre de Yann Martel (livre que je n’ai pas encore lu), L’odyssée de Pi raconte l’aventure démente de Piscine Molitor Pattel, surnommé Pi, qui à la suite d’un naufrage va vivre pendant 227 jours sur une barque avec pour seul compagnon un tigre du Bengale (monsieur Richard Parker). Ce film est un film d’aventure, mais aussi un conte pour adulte ayant pour thème la foi. En effet, Martel a digéré les croyances et les pensées des religions les plus importantes de la planète et en a tiré une histoire de survie doublé d’un pensum sur les croyances, la foi et Dieu. Pour cette raison et de par la violence du film par moment, ce film s’adresse plutôt pour des adultes que des enfants contrairement à ce que la promotion pouvait suggérer.

L’histoire débute en Inde, où l’on suit pendant le premier acte du film la jeunesse de Pi, sa vie familiale et ses découvertes des religions hindou, chrétienne et musulmane. Cette partie du film est probablement la plus lente pour ne pas dire la plus chiante des 2h40 composant le film. S’il s’agit d’un passage nécessaire pour comprendre l’attachement de Pi pour l’Inde, le zoo, les religions et son déracinement pendant le déménagement, Ang Lee aurait pu raccourcir cette partie du film.

L’histoire commence réellement quand la famille Pattel et les animaux du zoo embarquent pour une nouvelle vie direction le Canada. Quelques jours après avoir embarqué, une tempête (divine ?) se déchaîne sur le cargo qui sombrera. Pi à l’aide d’une barque devient le seul survivant du naufrage même s’il ignore alors qu’il a de la compagnie.

A partir du moment où le tigre apparaît  le film se transforme en histoire de survie. Comment tenir debout, au milieu de l’océan Pacifique, avec pour simple véhicule une barque de sauvetage accompagné d’un tigre affamé ? Comment lutter contre l’implacable dureté d’une nature hostile, imprévisible et inapprivoisable ? Pourquoi tenir tant à la vie alors que la mort serait un repos bien mérité ? Pourquoi préférer laisser vivre un tigre qui risquerait de nous manger à tous moment plutôt que de le tuer ? Toutes ces questions sont le sujet central du film. Dans cette situation de vase clos (assez paradoxal vu que l’histoire se passe dans l’océan), Pi va devoir se poser ses questions sur l’importance de la vie (la sienne et celle des autres), sur l’espoir, sur Dieu…

Niveau émotion, le film sera chargé. Nous sommes avec Pi dans la barque pendant 2h. Nous vivons ses doutes, ses joies, ses colères, sa crainte de Richard Parker et tous ce qui fait son quotidien. On a beau savoir qu’il a survécu à cette aventure dès le début du film, on en reste pas moins stressé même à la toute fin lorsqu’il débarque sur la terre ferme. On partagera sa crainte du tigre (qui lui permettra de survivre au final) tout en sachant qu’il ne sera jamais blessé. Je suis ressorti de la salle relativement surpris d’avoir réellement ressenti tous ce que vivait et pensait le personnage du début à la fin.

Les thèmes extrêmement lourds et sérieux sont intéressants et bienvenues car beaucoup trop rarement traités dans des gros films hollywoodiens. Néanmoins, l’aspect religieux est parfois indigeste, entre les métaphores plus ou moins subtiles et les dialogues de Pi, le film se répète beaucoup trop. Vouloir s’assurer que le message du livre passe est tout à l’honneur d’Ang Lee, mais va à l’encontre de la fluidité de la narration. Sans dire que cela m’a ennuyé, ce n’est pas l’aspect du film qui m’a le plus touché même si je l’ai trouvé intéressant. Néanmoins, le film arrivera à alléger son propos par un humour omniprésent qui permettra à Pi comme pour nous de nous détendre un petit peu.

Au-delà de l’adaptation du livre ou des thèmes philosophico-religieux de l’histoire, l’intérêt du film réside dans ses qualités esthétiques. La Fox a donné les moyens de ses ambitions à Ang Lee qui s’est lâché et visiblement bien amusé avec toutes les dernières technologies. Filmé, en 3D, dans un bassin  et sur fond vert, il fallait reconstituer quasiment toutes les scènes numériquement. Le pari était extrêmement ambitieux pour nous faire croire à l’aventure de Pi et il est relevé haut la main. Jamais la 3D n’a été aussi utile pour raconter un film et jamais des paysages ou des animaux inexistants n’auront parus aussi réel.

Si la scène du naufrage est très rapide, elle n’en reste pas moins dantesque avec une 3D vous immergeant réellement à l’intérieur du cargo en plein milieu d’une tempête impressionnante.

Le tigre est si bien reconstitué qu’il est impossible de distinguer les rares prises de vues avec un tigre réel de celle avec le tigre animé numériquement. Les animaux ne subissent aucune erreur d’animation pouvant nous laisser penser qu’il ne s’agit pas d’animaux réel. A ce titre, je pourrais même dire que ce film va réellement marquer l’histoire du cinéma numérique et de la 3D en atteignant une qualité commençant à se confondre dangereusement avec la réalité. Tout en sachant pertinemment que le film n’a jamais été tourné en pleine mer, on reste abasourdi du résultat final sachant que le film a été tourné dans un studio.

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Tout le film sera rempli d’image forte et marquante, le côté onirique de cette aventure permettant à Ang Lee de se lâcher sur la palette de couleur, nous livrant des tableaux aussi beau que kitsch (notamment en jouant sur les couleurs du ciel et les reflets dans l’eau).

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De jour…

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Et de nuit !

Ce que je trouve très intéressant, c’est que ce film rentre dans la catégorie des œuvres artistiques auxquelles on adhère complètement ou que l’on rejette en bloc, car on acceptera d’y croire ou pas. L’histoire portant sur la foi, sur ce que l’on accepte de croire ou pas, le spectateur sera seul possesseur de la réponse à la question : « acceptez-vous d’y croire ? ». Ce niveau de lecture s’échappe alors simplement de la foi religieuse pour s’adapter à toutes les histoires que nous racontons et que l’on nous raconte, et plus particulièrement l’art.

Voilà ce film divisera complètement les points de vue, mais la prise de risque de la Fox mérite d’être saluée. Produire un film au budget de plus de 8 chiffres, adapté d’un livre sois disant inadaptable, confié à un réalisateur de film plutôt indépendant n’ayant jamais travaillé sur du numérique, sans star pour vendre le film (Tobey Maguire devait jouer l’auteur à la base mais il a été coupé au montage), sur des thèmes extrêmement sérieux et difficile à vendre…  C’est presque du jamais vu !

C’est un film visuellement impressionnant, techniquement irréprochable, intelligent, faisant voyager vos yeux, vos émotions et votre cerveau. J’estime qu’il s’agit d’une réelle prise de risque dans le paysage hollywoodien actuel, réussie et méritant d’être récompensée.

P.S. : si quelqu’un connait la raison de l’apparition d’environ 2min de Gérard Depardieu dans le film, je veux bien qu’il m’explique car je n’ai pas compris.

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3 réflexions sur “Critique L’odyssée de Pi

  1. J’ai trouvé que notre Gégé plus trop national que ça a un rôle qui lui correspond dans ce film : odieux et dégueulasse à souhait. Voilà.
    Sinon, oui ce film est riche en émotion, j’ai pleuré pendant la moitié du film parce que la musique et les animaux, surtout Richard Parker. Je suis trop sensible.
    J’espère vraiment que Life of Pi aura au moins l’Oscar pour les effets spéciaux, des nominés c’est vraiment le plus intéressant et le plus beau visuellement. Même si Prometheus n’est pas dans le même genre et aussi très bien, mais la 3D était plutôt inutile. Enfin pour cette catégorie, je ne sais pas quels sont tous les critères mais la 3D doit pas mal compter, haha.

    • Bon je suis pas un anti-Depardieu donc je ne me prononcerais pas là dessus même si j’ai trouvé surréaliste de le voir tenir un rôle de figuration dans un blockbuster indé made in Ang Lee. Si ça peux te rassurer ma mère aussi était en larmes à la fin. Après tu me connais, l’insensible qui est en moi n’a pas pleurer mais j’ai été happé du début à la fin par cette merveilleuse histoire. Je ne conçois même pas qu’il ne reparte pas avec cet Oscar effectivement, déjà pour récompenser le film qui je le pense n’en gagnera pas beaucoup malheureusement (trop novateur sur la forme et le fond pour l’Académie qui adore le classicisme par dessus tout). La 3D ne rentre pas en compte il me semble mais rien que pour le tigre le film mériterait une récompense. Je n’ai jamais vu de SFX aussi réaliste de ma vie, c’en est presque flippant de voir à quel point l’animation devient réaliste.

  2. Pingback: Critique Oblivion | howimetmydreams

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