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Analyse de la trilogie TDK (3ème partie)

Dernier article sur l’analyse de la trilogie Batman. Pour conclure, j’aimerais analyser la trilogie Batman au sein de la filmographie de Nolan mais aussi au regard de toutes les métaphores politiques que les scénaristes ont inclus dans ce monde parallèle.

Un auteur à l’œuvre

 Film Title: The Prestige.

  •      Thématiques et influences chères à Nolan

Comme n’importe quel grand réalisateur, Nolan a des obsessions, qu’elles soient stylistiques ou narratives. En observant la filmographie de Nolan, on constate qu’il est assez friand des films noirs, au scénario alambiqué faisant tourner en bourrique le spectateur avec des twists surprenants. On remarque aussi des motifs récurrents qu’il a réussi à transposer au chevalier noir.

Tous les films de Nolan ont pour héros principal un homme, environ âgé de 30 à 40 ans, vivant seul, généralement sans famille. Le héros a subi un traumatisme violent, quasiment toujours la perte d’une femme, affectant sa vie à jamais. Cette perte lui procure un but qu’il s’efforce à tout prix d’atteindre. L’importance des personnages secondaires est toujours très essentiels pour aider le héros à atteindre son objectif, souvent ses héros sont extrêmement solitaires, mais sont entouré d’une équipe ou du moins d’une garde rapprochée. Ces héros sont très souvent déconnectés de la réalité, ils sont sociopathes, rongés par la culpabilité et la peine. Ils ont souvent l’impression d’être enfermés dans leurs rôles et de ne pas pouvoir changer de vie à cause de cette culpabilité. Ils n’ont généralement rien à perdre et sont des êtres désespérés.

Les femmes sont régulièrement des femmes fatales, assez dangereuses, pouvant jouer double jeu. Les héros sont régulièrement trahis par un proche. Le genre du film frôle toujours le polar et il règne toujours un certain classicisme dans ses films (par exemples les costumes). On retrouve aussi toujours la présence d’un humour pince sans rire assez noir exercé à la fois par le héros mais aussi par ses alliés et la présence d’évènements se déroulant en Asie assez régulièrement.

Bon vous n’allez pas me dire que vous ne reconnaissez pas notre cher Bruce ? Ou bien ce cher Dominic Cobb (Inception) ? Leonard Shelby (Memento) ? Robert Angier (Le Prestige)? Bref Nolan est un auteur un vrai, avec des personnages et un sens de la narration qui lui sont propres.

Il a même réussi l’exploit de caser un projet qu’il n’a jamais pu réaliser dans sa trilogie. En effet Nolan devait réaliser un biopic sur Howard Hughes, célèbre milliardaire américain, qui n’a jamais vu le jour à cause du film Aviator. Le début de TDKR fait de nombreuses allusions à un milliardaire excentrique, blessés et reclus depuis 8 années qui correspondent assez bien aux dernières années d’Howard Hughes.

C’est aussi un cinéphile averti qui puise ses références pour faire des films biens distincts les uns des autres. Ainsi même pour une trilogie aussi cohérente, les 3 films ont radicalement des inspirations différentes. Le 1er se tourne vers le film d’apprentissage (création et élaboration du héros) dont l’inspiration visuel se tourne assez vers Blade Runner (référence assumée de Nolan). Le second se tourne radicalement vers le polar urbain ultra réaliste à l’image des films Michael Mann. Le dernier lorgne plutôt vers les films de guerre et les films catastrophe.

L’ensemble de la trilogie baignera aussi dans l’inspiration de la franchise James Bond : belles voitures (on notera encore le souci du détail de Nolan, en choisissant des modèles de voiture portant des noms de chauves souris et ressemblant étrangement à la Batmobile), héros toujours très classe, mélange d’enquête et de scène de combat, course poursuite délirante, décors très chic, scènes dans des paysages exotiques, les gadgets de Batman…

Enfin si son inspiration 1ère reste tout de même les comics, il n’a pas hésité, par exemple pour TDKR, à s’inspirer de la révolution française par le biais du livre de Charles Dickens Le conte des deux cités,  le film se terminant d’ailleurs sur la citation du dernier paragraphe du livre.

  •       Thématiques d’actualité

Enfin et c’est peut-être ce qui m’a le plus marqué au sein de sa trilogie, c’est comment Nolan a réussi l’exploit d’intégrer toutes les peurs de l’homme occidental du XXIème siècle et à régurgiter tous les évènements importants de ces 15 dernières années.

En 3 films, il convoque le terrorisme, la corruption de la justice, les failles du système démocratique, les problèmes économiques, les problèmes de sécurité, les limites de la bureaucratie, le sentiment d’injustice de plus en plus pesant (surtout depuis la crise), les problèmes énergétiques, la thématique de la vie privée…

Il dresse un portrait des U.S.A et de la société occidentale peu flatteur, montrant notre société toujours à deux doigts de s’effondrer. Du discours de Ra’s Al Ghul évoquant la décadence de la société moderne à celui du Joker sur le fait que la société est prête à accepter n’importe quoi tant que cela « fait partie du plan », on peut dire que la trilogie baigne dans la noirceur.

Les frères Nolan doivent être des complotistes à leurs heures perdues (pour le petit frère, je vous recommande de regarder la très bonne Person of Interest qui ressemble sur ces thématiques à la trilogie TDK, mais sous forme de série). Ils font sans arrêt référence à la corruption au sein du système politique et judiciaire, aux mensonges ayant des conséquences désastreuses ce qui évoquent plusieurs traumatismes de l’Amérique moderne.

A cet égard, TDK qui est le chef d’œuvre de la trilogie, est peut-être même le meilleur film post 11 septembre jamais réalisé en jouant sur l’image du traumatisme et sur ses conséquences. L’affiche du film était déjà un modèle du genre, avec un bâtiment détruit sur plusieurs étages en forme de chauve-souris faisant inévitablement penser à un crash d’avion dans une tour.

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Cette image de Batman sur les ruines du bâtiment ou il n’a pas pu sauver Rachel  ressemble à s’y méprendre à ses photos de pompiers au milieu des ruines du World Trade Center.

The Dark Knight

La scène de l’interrogatoire au cours de laquelle Batman emploie des méthodes pas très orthodoxe pour faire avouer le Joker renvoie aux interrogatoires plus que musclés de Guantanamo où les américains n’ont pas hésités à outrepasser toutes les lois et la simple morale au nom du plus grand bien.

Et que dire de la scène des ferrys ou sous couvert d’ « expérience sociologique » le Joker va mettre au pied du mur des citoyens respectables contre des criminels endurcis. Cette scène est à elle seule passionnante pour la question qu’elle soulève sur la peine de mort : de quel droit la société peut-elle ôter la vie à quelqu’un ? Peut-on avoir le droit à une seconde chance, à une rédemption ou doit-on être définitivement jugé et sanctionné pour une faute que l’on a commise ?

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L’image de ce citoyen lambda étant prêt à sacrifier des milliers de vie pour sauver la sienne montre bien les dérives d’un système moralement dangereux et douteux. En poussant un peu, cela pourrait même être vu comme une critique des mouvements extrémistes aux U.S.A. La suite des évènements donnera raison à Nolan avec l’arrivée des mouvements Tea Party très fervents partisans de la peine de mort.

Le film posera sans arrêt la question des limites à ne pas franchir, avec le Joker forçant tour à tour deux grandes figures classiques de la justice à tuer et se venger au détriment de la loi. En se rendant compte que la figure de « vigilante » incarné par Batman ne pourra pas se résoudre à le tuer, le Joker retournera la figure du procureur incorruptible et arrivera presque à ses fins sans le mensonge de Gordon.

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L’utilisation par Batman de la technique du sonar sur chaque téléphone portable pour repérer le Joker est aussi un autre exemple de critique que pose le film sur les évènements post 11 septembre. Comment ne pas penser au Patriot Act devant cette méthode consistant à espionner des innocents pour tenter d’arrêter une seule personne. Le discours de Lucius Fox sera d’ailleurs passionnant à ce sujet, comme une sorte d’excuse qu’adresserait Nolan au spectateur pour lui prouver que tous les américains n’étaient pas d’accord avec les méthodes de la politique Bush.

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Si TDKR est nettement moins subtil à ce niveau de critique là, il en reste tout de même une scène passionnante : une des scènes finales ou John Blake tente de faire traverser le pont aux habitants de Gotham. Malgré le fait que la bombe va exploser et que la situation ne peut plus perdurer, les soldats gardant le pont refuseront de faire évacuer les personnes pour respecter les ordres. Cette magnifique scène est une véritable critique d’une bureaucratie n’étant plus aux prises avec la réalité des évènements, doublé d’un magnifique conflit de moralité. Dans la même thématique, l’absence de réaction de la police après le témoignage de Gordon sur Bane montre là aussi les dysfonctionnements du système.

Du reste, les problèmes économiques, déjà extrêmement présent dans Begins ressurgissent de pleins fouet dans TDKR en réponse à la crise financière de 2008. Cette sorte de révolution du peuple basée sur l’idéologie du mouvement « Occupy Wall Street » visant à critiquer les dérives du système financier et l’incompétence des politiques en place est quand même assez fidèle à une certaine réalité américaine dans le discours.

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Et puis détruire le système en place par une révolution violente à l’encontre de ceux qui profitaient du système précédent, pour instaurer un nouveau régime dont on peut se demander s’il est meilleur que l’ancien, ça évoque quand même assez bien les révolutions du printemps arabe.

Quant à la fameuse bombe nucléaire qui risque de faire sauter Gotham, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que les risques qu’entraineraient cette nouvelle forme d’énergie dans l’histoire n’est pas sans faire écho à un évènement relativement récent : la centrale nucléaire de Fukushima qui a relancé le débat sur le nucléaire.

J’extrapole peut être un peu le propos des scénaristes mais pour moi, cette trilogie est une réelle psychanalyse de la société occidentale et de tous les travers qu’elle a rencontré ces dernières années.

Pour conclure cette analyse, je dirais juste un énorme merci à Nolan de s’être entourer des meilleurs et de nous avoir donné la meilleure des histoires possibles. J’espère qu’en lisant ces lignes, vous avez découvert des éléments que vous n’aviez pas remarqués ou encore appris des choses sur l’élaboration de cette trilogie qui je l’espère avec le temps, se verra attribuer le statut qu’elle mérite de monument du cinéma (un peu comme Batman, à la fin il a une statue aussi).

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P.S. Je remercie l’aide précieuse de Clémentine, William et Justin pour leurs précieux conseils et les encouragements.

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Une réflexion sur “Analyse de la trilogie TDK (3ème partie)

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