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Analyse de la trilogie TDK (2ème partie)

Alors suite au premier article sur le travail d’adaptation des scénaristes, ce 2ème point de l’analyse va porter  sur l’immense boulot de cohérence donner par les scénaristes pour lier chaque opus de cette trilogie qui n’en n’a jamais été réellement une.

Une cohérence frisant le génie

Le 2ème très gros exploit des scénaristes, c’est d’avoir rendu ces 3 films cohérents comme s’ils avaient été écrits à la suite pour former une trilogie dès le début. Il faut en effet savoir que les 3 films ont été écris à chaque fois avec plusieurs années d’écart, sans volonté de la part de Nolan de faire un Batman 2 à la suite du 1 et de faire un Batman 3 à la suite du 2.

  •  Une cohérence stylistique

En sachant cela, je vous prie de regarder les 3 films à la suite et vous serez abasourdis des liens rattachant les 3 films au-delà des simples personnages. Nolan est un réalisateur qui dispose d’une imagerie qui lui est propre, à l’image de Spielberg ou Burton dont on reconnait les films immédiatement de par leurs esthétiques.

Ainsi, de nombreuses figures sont récurrentes. On retrouvera l’image (à l’identique) d’hommes traînés par un avion via un câble dans TDK et dans TDKR.

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Le masque de Bane ressemble très étrangement à celui que porte Ra’s Al Ghul lors de la mise en place de son plan dans Begins.

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Tout comme le design de la Batmobile qui semble avoir inspiré le Bat.

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La manière dont est filmée la chute de Bruce enfant dans le puits est filmée de la même manière que l’ascension de Bruce adulte dans la prison de Bane.

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On retrouve dans chaque film des explosions contrôlées d’immeubles, des voitures sont retournées au cours de scène d’action de manière assez similaire, la présence omniprésente de tunnels…

Nolan est un réalisateur dont les films sont des jeux de géométrie et de symétrie pour lui, sa manière de filmer en plongée une ville de Gotham sur le point de s’effondrer en est l’exemple même, comme si la ville était prête à sombrer au fond du gouffre.

Ce qui est très intéressant à remarquer, c’est que chez Nolan, quand le héros ou l’ennemi est vaincu, il chute au sens littéral du terme et quand il se relève de son échec, il s’élève réellement.

Ainsi, les 4 grands méchants de la trilogie : Ra’s, le Joker, Double Face et Talia seront tous vaincus par Batman qui les fera chuter. Ra’s sera tué suite à la chute d’une rame de métro orchestré que Batman. Le Joker est vaincu balancé du haut d’un immeuble par Batman. Double Face meurt poussé dans le vide par Batman en protégeant le fils de Gordon. Enfin, Talia meurt suite à la chute de son camion, poussée par Batman à l’aide de missile.

Le parallèle est d’ailleurs intéressant entre les morts de Ra’s et de Talia, réelle méchante de TDKR, fille de Ra’s Al Ghul. On remarquera que dans les 2 cas, qu’il s’agisse de Papa Neeson ou de la Môme Cotillard, les 2 personnages sont dans des véhicules dans lesquels sont cachés une arme Wayne Enterprise, devenus hors de contrôle à cause de Batman. Dans les 2 cas il ne les tue pas directement mais ne fais rien pour tenter de les sauver et les 2 véhicules chutent dans des souterrains. De là à dire qu’on peut faire un parallèle (néanmoins, on peut se demander la pertinence de la part de Nolan de ne pas nous montrer Liam Neeson mourir plutôt que de nous taper Cotillard en train de s’endormir, je pense qu’on aurait gagné au change)…

Une autre symétrie est visible dans Begins. Au début du film Bruce se rebelle contre la Ligue des ombres. Il va faire sauter le repère de la ligue, qui entraînera la chute du bâtiment sur le faux Ra’s Al Ghul. Henri Ducard, laissé pour mort fera d’ailleurs une chute sauvé à la dernière minute par Wayne. A la fin du film, c’est Ducard ou plutôt le réel Ra’s qui en attaquant Gotham laissera pour mort Bruce dans sa propre demeure qui s’effondrera. Ce dernier sera immobilisé par la chute d’une poutre.

Dans Begins, Batman pour sauver Rachel montera en haut d’un parking pour échapper à la police. Dans TDK, il chutera du haut de ce même parking pour arrêter l’Epouvantail.

Pour introduire les méchants de TDK et TDKR, les scènes d’ouverture s’ouvrent par des personnages masqués, descendant, soit par une tyrolienne d’un immeuble dans TDK, soit d’un avion dans TDKR. La révélation de l’identité du Joker et de Bane s’opèrera en plein milieu de la scène d’action. Dans TDKR, la scène va encore plus loin dans l’idée de chute puisque Bane pour s’en sortir vivant s’élèvera (à l’aide d’un câble) de l’avion et fera crasher celui-ci.

De même pour Batman, notre héros fait son apprentissage et son come-back par de nombreuses chutes, la plus importante étant celle dans le puits enfant, lui donnant la phobie des chauves-souris et l’inspirant plus tard pour créer son double.

Dans la première scène de la trilogie, notre héros est poussé et tombe en plein milieu d’une prison chinoise. En revenant à Gotham, son apprentissage continuera par des chutes. En cherchant à faire de Gordon un allié, il chutera du haut d’un immeuble pour fuir des policiers. Plus tard pour faire avouer un ripou, il n’hésitera pas à le faire tomber (attacher quand même) du toit de l’immeuble pour lui faire avouer. Le 1er méchant auquel il se confronte à Gotham, à savoir l’Epouvantail l’enflamme et le fait tomber du haut d’un immeuble par la même occasion. La chute de l’ascenseur menant à la batcave renvoyant à la chute dans le puits du début, oblige le héros à se reposer la question que lui avait posé son père : « Pourquoi tombons-nous ? ».

Encore un parallèle entre Begins et TDK, dans les 2 films, Batman devra sauter dans le vide pour sauver une Rachel ayant cherché les problèmes aves ses nemesis.

Dans TDK, l’image la plus marquante restera tout de même la chute du camion du Joker causé par Batman lors de la course poursuite, renvoyant aux méthodes du Joker qui fera crasher un hélicoptère et tomber un camion du SWAT dans une rivière.

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Dans TDKR, Bruce commence à redevenir Batman en allant voir Gordon en tombant de plusieurs étages, ce qui renvoie à la scène de Begins dans lequel il veut en faire son allié. On remarquera aussi que dans les 2 cas, Wayne n’a qu’une simple cagoule sur la tête.

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La première rencontre frontale entre Batman et Bane se solde par une chute de Batou pour fuir après un comeback moyennement réussi. Enfin l’image la plus parlante de cet opus restera l’ascension dans la prison de Bane, véritable métaphore de la renaissance ou de la reconquête.  Tant qu’il n’est pas encore prêt à redevenir le héros qu’il était, Bruce échouera et tombera.

Comme vous pouvez le constater, la manière de filmer de Nolan offre une réelle seconde lecture à la narration qui est très intéressante à analyser.

En effet Bruce est toujours filmé au sol, contrairement à son alias et à ses ennemis qui surgissent soit des hauteurs, soit des sous-sols. En jonglant comme il le fait sur ses 3 étages, Nolan montre l’équilibre ténu dans lequel se trouve Wayne et sa double identité, jonglant entre les niveaux et ses différentes vies. Il est d’ailleurs amusant de constater que le héros n’est jamais aussi peu à l’aise qu’au sol, allant dans le sens de Rachel qui craint de voir Bruce disparaitre derrière les traits du chevalier noir.

On remarquera aussi des similitudes dans la manière de filmer le personnage d’Alfred quand il recherche son maître et qui le trouve dans la batcave dans TDK et TDKR.

Il est l'heure du petit déjeuner maître Wayne !

Il est l’heure du petit déjeuner maître Wayne !

Visiblement maître Wayne a fais des folies hier soir et a oublié d'aller se coucher !

Visiblement maître Wayne a fais des folies hier soir et a oublié d’aller se coucher !

En fait j'ai peut être une idée d'ou il pourrait être !

En fait j’ai peut être une idée d’ou il pourrait être !

Je fais la tronche car j'aime pas prendre l’ascenseur !

Je fais la tronche car j’aime pas prendre l’ascenseur !

Dans sa volonté de donner lieu à un monde réaliste, on reconnaîtra encore une excellente idée à Nolan, celle d’avoir été à l’encontre de toutes les autres réalisations de blockbusters classiques. La norme actuelle à Hollywood est de réaliser des films bourrés de punchline, d’explosion, de CGI, de 3D, de numérique, de ralenti avec gros violons en option et surtout de montage épileptique. Que cela soit des films de Michael Bay, les films Marvel, la saga Bourne, Hunger Games j’en passe et des meilleurs, tous les réalisateurs dans un souci de maintenir sous tension le spectateur montent des scènes d’action avec 5 plans différents et opèrent un montage très agressif. Certes l’effet désiré marche bien mais rend les films d’actions de plus en plus illisibles avec des plans s’enchainant beaucoup trop rapidement.

Nolan est complètement allé à l’encontre de cette mode en faisant des films sombres, extrêmement bavards, avec de nombreuses intrigues primaires et secondaires, en multipliant les personnages et les envolées lyriques plutôt que des punchlines. Toutes les très grosses scènes d’action (à part les courses poursuites) de la trilogie ne sont pas dotées de plus de 2 ou 3 plans là ou n’importe quel autre réalisateur en auraient casé 5 ou 6 (la chute du camion : 2 plans, l’explosion de l’hôpital : 1 plan). Cela donne un côté réaliste : dans la réalité, nous observons les évènements que d’un seul point de vue. De même pour les ralentis, de souvenir, il n’y en a qu’un seul en à peu près 9h de film ce qui autant dire est unique à l’heure actuelle. La volonté de filmer en décor réel ou en studio, avec des figurants et des réels effets spéciaux est quelque chose qui s’éteint progressivement à Hollywood au profit du numérique, de la 3D et des fonds verts. Nolan est un réalisateur classique, il en est fier et l’a assumé jusqu’au bout faisant plier les dirigeants de la Warner (très peu de personnes peuvent le faire à l’heure actuelle).

  •       Une cohérence scénaristique

Il est aussi impressionnant de voir qu’au-delà du visuel, les trois intrigues et notamment les plans des méchants sont extrêmement reliés.

A l’image des morts similaire dans la famille Ghul, il est amusant d’observer que les plans de Ra’s et de Bane (sous les ordres de Talia) passent par les égouts, représentant le mal enfoui et caché au milieu de la société. Dans les 2 cas, la présence du centre des égouts est déterminante. Dans Begins, c’est la conclusion du plan de Ra’s : il doit atteindre ce centre pour pouvoir disperser la drogue à travers tous les égouts de la ville. Dans TDKR, c’est directement au centre des égouts qui Bane va se créer une forteresse au sein de Gotham qui va lui permettre d’accéder à l’arsenal de Wayne Enterprise. Encore une symétrie, les plans de Ra’s et Bane passent par le vol d’armement construit par Wayne Enterprise pour les mettre à exécution. La manière dont sont filmées les bouches d’égout  qui explosent pour laisser l’eau s’évaporer dans Begins ressemble à deux gouttes d’eau à celle où l’on voit les égouts exploser, ensevelissant les flics de Gotham et l’explosion du stade dans TDKR. On est toujours dans l’idée une menace déjà présente parmi nous.

Enfin, le plan de Bane ressemble aussi à ceux du Joker dans la mesure où ce dernier menace de faire sauter les ponts de la ville, Bane passe à l’acte. Quand le Joker isole 2 ferrys et menace de faire exploser les 2 bateaux si quelqu’un s’en échappe, Bane isole la ville entière de Gotham et menace de faire sauter la ville si quelqu’un s’en échappe.

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Dans les 3 films, l’idée finale du plan et de détruire l’âme de Gotham et de voir les habitants s’entretuer entre eux. Si les méthodes changent, utilisation de la drogue hallucinogène (Begins), introduction du chaos (TDK) et instauration d’une dictature dotée de la loi martiale (TDKR), la finalité reste la même dans les 3 cas : la destruction de Gotham.

En sachant que les suites n’étaient pas prévues, l’histoire de la Ligue des Ombres est parfaitement rattachée entre Begins et TDKR via les relations des personnages de Ra’s, Talia et Bane.

Le personnage inventé de Rachel qui permet à Bruce de raccrocher un espoir de vivre une vie normale dans Begins permet de créer un triangle amoureux tragique dans TDK et d’expliquer en partie l’absence de Batman pendant 8 ans dans TDKR. Le fait de voir Batman endosser la responsabilité des meurtres d’Harvey à la fin de TDK pose les bases de l’intrigue de TDKR et de ce fameux mensonge prêt à exploser.

Je pense que vous en conviendrez, en voyant les connexions établies entre chaque personnage, leurs évolutions et leurs interactions alors qu’il s’agit de 3 films n’ayant pas été écris comme une trilogie, le boulot d’écriture est juste prodigieux pour raccrocher les wagons de manière pertinente.

Dernière partie sur l’analyse de Batman à lire ici !

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Une réflexion sur “Analyse de la trilogie TDK (2ème partie)

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