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Analyse de la trilogie TDK (1ère partie)

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Petit article (ou plutôt long article) sur la trilogie Batman de Mr Nolan. Si vous me connaissez un tant soit peu, vous devez savoir que je voue un culte à l’homme chauve-souris voir encore plus à Christopher Nolan. Par conséquent, ne vous attendez pas à des critiques négatives de sa trilogie, car d’une part j’en ai très peu à faire et mon but ici présent est de vous décortiquer et démontrer que Nolan a réalisé une des plus grandes trilogies de tous les temps.

Dans The Dark Knight, le Joker déclarait à Batman qu’il avait «changé les choses à jamais ».

Je pense pouvoir dire que Christopher Nolan, avec sa trilogie, a changé les choses à jamais à Hollywood. Le genre du superhéros est revenu à la mode au début des années 2000 par le biais des succès des trilogies Spiderman et X-Men. Mais c’est la trilogie Batman qui a donné ses lettres de noblesse à ce genre. La liberté d’écriture de la trilogie a complètement redéfini la notion du blockbuster à Hollywood. Nolan a réussi l’exploit de concilier film à grand spectacle avec film d’auteur, adaptation fidèle et réinterprétation (option virage à 360 degré), attirer les fans hardcore comme les novices, faire un film adulte visant le public adolescent, faire un film de superhéros bavard avec peu d’action, insuffler du réalisme à un monde délirant…

Si sa trilogie a eu un tel succès, c’est que Nolan ne s’est pas contenté de faire un film de superhéros. Il a réalisé un film humain doublé d’une fresque sur l’Amérique en 3 actes d’une densité rarement atteinte. Il ne s’est pas contenté de faire un film d’action mais aussi une introspection au cœur des personnages. Il n’a pas sacrifié l’intérêt philosophique du questionnement sur la justice au nom de l’humour gras si cher aux grosses productions hollywoodiennes. Pour développer mon propos, je vais donc diviser cette analyse en 3 points clés qui donneront lieu à 3 articles. Bien évidemment, comme il s’agit d’une analyse, cela sera remplie de spoiler, par conséquent, l’article s’adresse plutôt aux initiés.

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Cette première partie revient sur le travail d’adaptation des films par rapport aux comics.

Une adaptation magistrale

  • Batman Begins

Le film est inspiré de l’univers assez récent de Batman, dans les réinterprétations de Frank Miller et Joseph Loeb  qui ont propulsés le chevalier noir dans le monde moderne. Ce sont eux qui l’ont inscrit dans un monde plus réaliste et plus sombre que jamais, ou les problèmes économiques, la drogue et la corruption sont les fléaux de Gotham.

Au niveau de l’adaptation, le tour de génie de Nolan, qui est un embobineur de 1ère catégorie (je vous renvoie à Memento, Le Prestige et Inception), est d’avoir voulu traiter l’histoire d’un super héros de manière extrêmement réaliste. En gommant tous les côtés délirants et gothiques de l’histoire il a surtout centré celle-ci non pas sur l’homme masqué mais sur l’homme derrière le masque.

Ici tout est expliqué, si les passages obligés tels que le traumatisme du meurtre de ses parents, la fortune colossale de Wayne ou encore l’aide du majordome Alfred  sont respectés à la lettre, Batman Begins avait l’intelligence de nous raconter comment Bruce Wayne devenait Batman.

En introduisant le personnage de Ra’s Al Ghul, non seulement les scénaristes tenaient le mentor et créateur de Batman, la raison pour laquelle il refuse de tuer les criminels, son attachement à Gotham mais aussi son 1er Némésis, si ça c’est pas du génie !

Le fait de faire passer l’équipement de Batman pour des prototypes militaires rangé au garage en est une autre. A cet égard, oser faire de la Batmobile un tank plutôt qu’une voiture extrêmement stylée pour en expliquer les fonctionnalités est un pari risqué mais gagnant des scénaristes.

La cape de Batman lui permettant de voler est en réalité un tissu à mémoire tactile révolutionnaire.

La cape de Batman lui permettant de voler est en réalité un tissu à mémoire tactile révolutionnaire.

Le côté double voir triple vie de Wayne est aussi parfaitement retranscris, montrant la difficulté de combattre la nuit et d’être un playboy milliardaire le jour. Le parfait exemple est cette scène dans Begins se passant dans un restaurant ou Bruce revoit pour la 1ère fois Rachel. A ce moment de l’histoire, Bruce joue un personnage de playboy milliardaire, qu’il n’est pas, pour cacher son identité de justicier masqué. Quand il est surpris par l’amour de sa vie, on le voit se décomposer et l’on retrouve le vrai Bruce Wayne. Cette scène montre parfaitement la schizophrénie du personnage et est au passage la scène la plus touchante des 3 films à mon humble avis.

On peut aussi prendre l’exemple de la scène de l’opéra, qui conduira à la mort des parents de Bruce : en effet, dans le comics, la famille Wayne sort du cinéma ou elle a vu Zorro, inspirant par la suite Bruce à se transformer en héros masqué. Ici, le film adapte ce moment un opéra dans lequel il y a des chauves-souris. Ce petit changement est pourtant énorme, instaurant de suite la culpabilité de Bruce : s’il n’avait pas eu peur des chauves-souris, il n’aurait pas fait quitter ses parents de la salle qui n’auraient pas été tué. Le passage de l’opéra à la ruelle par une simple porte renvoie déjà à la thématique des inégalités toujours présentes dans Batman et particulièrement dans la trilogie, montrant que Gotham réunis côte à côte deux mondes que tout opposent.

Si le scénario n’est pas fidèle à la trame d’un comics en particulier, le scénario regorge d’idées de ce genre visant à rendre le monde de Batman tangible, Nolan et son coscénariste David S. Goyer réussissant leurs paris de s’approprier cet univers et d’en tirer une adaptation fidèle.

  •   The Dark Knight
La version Nolan est un peu moins délirante que la version Burton.

La version Nolan est un peu moins délirante que la version Burton.

De même pour TDK, ici le Joker n’est pas le bouffon tragicomique meurtrier du Nicholson de Burton ou l’interprétation générale  du personnage dans pas mal de comics ou du dessin animé des années 90, rêvant de faire (mourir de) rire tout le monde. A la sauce Nolan, le Joker est un terroriste rêvant de mettre à mal la société américaine, de voir le monde brûler. Ici ce n’est plus un artiste mais un anarchiste, défiant toute logique et pourtant stratège/manipulateur hors pairs. Il ne craint pas la mort, ne rêve ni de gloire ni d’argent mais de chaos. Ce monstre de foire, renvoyant un reflet déformant à Batman, est une magnifique transposition du comics d’Allan Moore The Killing Joke dans lequel on se rend compte que les 2 ennemis se ressemblent bien plus qu’ils ne s’opposent. La performance du regretté Heath Ledger, transcendant le personnage déjà parfaitement écrit, inscrit immédiatement ce méchant d’anthologie au panthéon de l’histoire des psychopathes du cinéma.

Quant à Harvey/Double Face/Dent, l’histoire va réussir à donner une explication rationnelle à son aspect : il tentera de se suicider en buvant de l’essence mais le sauvetage de Batman au dernier moment lui évitera une mort certaine mais pas sa défiguration (lui donnant un motif de vengeance). Parfaitement joué par Aaron Eckart, le personnage malgré son véritable aspect de monstre fonctionne parfaitement. C’est une adaptation assez fidèle du personnage d’Un Long Halloween (ayant notamment inspiré les rapports entre les 3 figures de justice que sont Batman, Gordon et Dent aux scénaristes). Dans le film, il est inclus dans le plan du Joker, transformant tout à la fois ce chevalier blanc en un monstre assoiffé de vengeance et en une figure tragique.

L’omniprésence dans les 2 premiers actes de la mafia, des politiciens et des ripoux constitue là aussi un motif de réalisme, renvoyant au film noir et policier plutôt qu’au méchant d’opérette du monde super héroïque et s’inscrivant là encore dans le veine des comics de Miller et Loeb.

  •     The Dark Knight Rises

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Dans TDKR, l’enjeu était de taille : arriver à faire succéder un bon méchant à la suite du Joker. J’estime que le pari est réussi avec le personnage de Bane, incroyable mercenaire au physique aussi monstrueux qu’à l’intelligence développée se transformant en dictateur. Exit le masque de catcheur mexicain (dans le comics) remplacé par un masque à mi-chemin entre la gueule du monstre d’Alien et la muselière du Silence des agneaux. L’histoire de ce masque est loin d’être anodine. Elle renvoie à l’histoire du personnage dans les comics, qui s’est vu transfuser du venin lui décuplant ses forces. Là encore dans le film, les détails sont transformés pour plus de réalisme. Le plan de Bane comportant la libération de tous les prisonniers de Gotham renvoie directement à la série de comics Knightfall publiée en 90, la même série qui verra pour la première fois Batman échouer contre Bane qui, à la suite d’un combat, lui brisera le dos.

Ça ne vous rappelle rien ?

Ça ne vous rappelle rien ?

Le film introduit aussi une Selina Kyle beaucoup plus « cat burglar » que Catwoman (plus fidèle au personnage des comics que la version Burton). En effet le personnage est à la base une voleuse de haut vol depuis sa plus tendre enfance. Le personnage de Juno Temple, Jen Robinson (la fille amenant les empreintes de Wayne dans le bar, c’est elle),  renvoie au personnage de la prostituée Holly Robinson dans les comics, qui se fera protéger par Selina. Le quartier défavorisé dans lequel ces 2 personnages vivent est extrêmement fidèle à la biographie de Catwoman. Enfin, son costume semble être une version moderne de celui porté dans la vieille série des années 60, portée par la charmante Julie Newmar.

Loin de la version de Burton, la ressemblance est plus frappante entre la version Newmar et la version Hathaway.

Loin de la version de Burton, la ressemblance est plus frappante entre la version Newmar et la version Hathaway.

La relation du personnage entre Bruce Wayne et Talia As Ghul est aussi une belle transposition de l’univers originel. Les deux personnages s’attisent au début de l’histoire renvoyant à la relation amoureuse qu’ils entretiennent dans les comics et dont naitra un enfant. L’utilisation du poignard pour blesser Batman n’est pas non plus surprenante, vu que le personnage de Talia sera tué de la même manière dans la BD et devra renaitre du puits de Lazare (voir ci-dessous).

L’énorme clin d’œil de Nolan adressé aux fans de Batman par la présence de Robin avec le personnage de John Blake est là aussi très inspiré du 3ème Robin dans les comics : Tim Drake. Au-delà de la ressemblance des noms, les deux personnages découvrent l’identité de Batman de la même manière et ont tous les deux un passé pour le moins mouvementé.

La prison de Bane renvoie au puits de Lazare dans les comics, lieu dans lequel Ra’s Al Ghul tire son immortalité. Ici Nolan a réussi l’exploit d’être fidèle à un des éléments les plus irréalistes de l’histoire du superhéros. En effet, il métaphorise  cette  « renaissance » qu’exécute le personnage de Ra’s à chaque fois qu’il est tué par la renaissance de Batman qui devra grimper pour s’évader du puits. Batman étant au bord de l’agonie et ayant la volonté de mourir, il se ressource en retrouvant la volonté de combattre pour sauver Gotham. Bruce Wayne se relève mentalement et s’élève par l’escalade. Ce genre de transposition « réaliste » d’éléments de l’univers de Batman son légion, d’une subtilité et d’une intelligence folle.

Enfin l’idée de symbole de justice qu’est le Batman, pouvant être n’importe qui, justifiant la tenue du héros (en plus de garantir son anonymat), est parfaitement comprise par le final de TDKR. Ainsi le Batman, à l’image de la justice, est immortel et se relève toujours si le besoin s’en fait sentir. Cela correspond à la vision des comics ou Batman est remplacé par d’autres personnages à la suite de la mort de Bruce Wayne.

Si le novice en batmanie ne comprendra pas toutes les références faite au travers la saga, je peux vous assurer qu’en petit fan de Batou, le travail d’adaptation de Goyer et des frères Nolan est titanesque pour associer la vision réaliste du réalisateur à la mythologie complexe du héros.

La 2ème partie ou j’évoque le scénario en lui-même et se trouve ici.

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Une réflexion sur “Analyse de la trilogie TDK (1ère partie)

  1. Pingback: Analyse de la trilogie TDK (2ème partie) | howimetmydreams

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